L'abeille domestique
Faut-il encore présenter l’abeille, cette extraordinaire pollinisatrice ? Dans les régions tempérées, elle assure à elle seule jusqu’à 85 % de la pollinisation des plantes à fleurs. Cela s’explique par son adaptation poussée à la récolte de pollen, qui lui sert à nourrir ses larves. Avec ses poils branchus, ses peignes et ses corbeilles, tout son corps et son comportement ont évolué dans ce but précis. Avec l’évolution du climat, elle a tendance à se réveiller tôt en fin d’hiver, pour partir en quête de nourriture. Or le jardin est souvent désespérément vide à cette saison. Pour l’aider à attendre les floraisons abondantes, vous pouvez lui donner un coup de pouce en installant chez vous des vivaces et des arbustes à floraison précoce : le cornouiller mâle (Cornus mas), qui fleurit abondamment en brouillard jaune clair, le mahonia, les chèvrefeuilles d’hiver et les bruyères…
Le bourdon terrestre
Reconnaissable à son derrière tout blanc, le bourdon terrestre est l’un des plus communs du jardin et l’un des plus précoces. Alors que les abeilles rechignent au printemps à sortir par temps froid et gris, la femelle “cul blanc” s’aventure dès la fin février à la recherche des rares fleurs déjà ouvertes : chatons de saule, prunellier, lamier pourpre, pissenlit, pulmonaire… Besogneuse toujours active, cette future reine est en quête d’un trou dans le sol ou sous le plancher de la cabane du jardin, ou d’un ancien terrier de mulot, pour y fonder une nouvelle colonie, qui atteindra en été 400 à 500 bourdons. Nourrir ce petit monde nécessite d’incessantes allées et venues vers les fleurs de framboisier, fraisier, tomate, aubergine, pois et tant d’autres fleurs sauvages et cultivées des haies, pelouses et massifs… Sans ces insectes placides, la production potagère chuterait dramatiquement. Rien que d’y penser, ça donne le bourdon !
L'aphidius
Dans la catégorie taille mini mais qui fait le maximum, l’aphidius est un champion. Cet insecte de quelques millimètres appartient au même ordre des insectes hyménoptères que l’abeille ou la guêpe. L’adulte passe totalement inaperçu, d’autant qu’il butine à peine. La femelle pond ses œufs – plusieurs centaines – dans le corps des pucerons, à raison d’un œuf par puceron. La larve consomme l’intérieur du puceron, qui cesse peu à peu de s’alimenter et meurt, juste au moment de la sortie de la larve qui se transforme alors en un nouvel aphidius adulte. On les repère au stade de larve parasitoïde, car le puceron parasité devient gros comme une tête d’épingle. D’autres espèces de micro-hyménoptères parasitent les chenilles de piérides du chou, les noctuelles, les pyrales du maïs, les chenilles mineuses des feuilles ou encore les aleurodes… Pour les favoriser, laissez le maximum de pucerons et de chenilles sur des plantes qui ne craignent rien, et conservez des plantes sauvages, lotier ou achillée.
Le syrphe
Il ressemble à une guêpe, il vole vite comme une guêpe – sauf qu’il adore faire du sur-place au dessus d’une fleur et changer brusquement de direction –, mais ce n’est pas une guêpe. C’est une mouche, butineuse et pollinisatrice au stade adulte. Ses larves sont des asticots, carnassiers boulimiques qui consomment du printemps à l’automne toutes sortes de pucerons par centaines, notamment ceux que les coccinelles délaissent, comme le puceron cendré du chou. La plupart des espèces hivernent cachées sous les paillis et les plantes basses qui couvrent le sol, d’autres sous forme de pupe, sorte de larve immobile accrochée à une feuille ou une tige. Les adultes réapparaissent dans le jardin dès les premiers beaux jours. Si le pollen et le nectar abondent, ils pondent de nombreux œufs dont sortent les larves prédatrices. Plusieurs générations se suivent jusqu’en octobre, avec une apogée en été. Pour les attirer, il faut des fleurs en fin d’hiver, au printemps, en été et jusqu’en automne. Couvrez la terre et laissez le plus de débris végétaux possible.
Le staphylin odorant
Discret et nocturne, ce gros coléoptère noir bleuté est un redoutable carnassier. Un dur qui n’hésiterait pas à jouer l’intimidation, en relevant son abdomen à la manière d’un scorpion, si vous le débusquiez par hasard sous une pierre, des feuilles mortes, des rondins ou un fagot de branches, où il se réfugie dans la journée. Ce petit gourmet apprécie les escargots, les limaces et leurs œufs, pondus en automne et au printemps dans les premiers centimètres du sol. Une sorte de caviar de mollusques. Autant de moins dans le jardin ! Il apprécie aussi les larves d’insectes qui s’animent la nuit dans la litière du sol. Certaines espèces ont une préférence pour les larves de la mouche du chou. On lui pardonnera bien volontiers d’aimer aussi les vers de terre : nul n’est parfait ! Pour l’attirer et le protéger, ménagez-lui des abris permanents, évitez de trop nettoyer le jardin, couvrez la terre de paillis. Les carabes, autres coléoptères auxiliaires, profiteront aussi de cette bienveillance.
Les guêpes
Même les guêpes sont utiles au jardin, malgré leur mauvaise réputation. Pourtant, la grande majorité des espèces de cette famille est parfaitement pacifique. Au jardin, leur présence est bénéfique : une guêpe solitaire du genre Passaloecus peut capturer jusqu’à la modeste quantité de 1 500 pucerons durant les quelques semaines de sa vie, tandis qu'une guêpe sociale mange en moyenne 1 000 mouches et 1 000 chenilles ! Pour les attirer, semez du fenouil.
La grande sauterelle
Très discrète malgré sa taille impressionnante, la sauterelle verte fréquente le jardin au cours de l'été. Il n'est pas rare de la surprendre sur les légumes du potager, à la recherche de petites proies. Car, comme la plupart de ses "cousines", telle la sauterelle verte du chêne, elle est principalement carnivore. Oh, pas de quoi mettre en déroute une armée de pucerons ! Mais cette prédatrice sera un renfort de choix aux côtés des coccinelles et des syrphes. Dotée d'une mâchoire puissante (attention aux doigts !), elle n'hésite pas à chasser du "gros", comme des larves de doryphore et des chenilles. Les sauterelles se distinguent des criquets par leurs longues antennes. Les femelles sont munies d'un long "sabre" à l'extrémité de leur abdomen. A la fin de l'été, juste avant de mourir, elle s'en serviront pour pondre leurs œufs dans la terre. Une bonne raison pour ne pas travailler la terre là où ce n'est pas nécessaire et protéger ainsi leur descendance.
Le perce-oreille
Le perce-oreille est un fameux auxiliaire, consommateur de pucerons et de psylles. On peut toutefois lui reprocher d'aimer les fruits bien mûrs (presque pourrissants), et il est malvenu dans les pêchers, les abricotiers ou les pruniers. Faites d'une pierre deux coups : installez des pots de fleurs retournés, remplis de paille, dans les arbres à noyaux, avant la maturité des fruits. S'ils sont occupés par des perce-oreilles, transférez-les sur les pommiers ou toute autre plante parasitée par les pucerons. Ils assumeront avec plaisir ce changement de poste !
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